Thierry CROUZET

Danger : information overload

Dans une économie de flux, une économie de l’abondance et de la libre circulation de l’information, comment éviter l’indigestion, comme éviter d’exploser d’information overload ?

Pour créer le flux, le propager, le manipuler, il faut des propulseurs. Mais comment ils propulsent, en se connectant. On ne peut propulser quelque chose que si on a construit une communauté. Et on construit une communauté en propulsant vers elle des informations intéressantes.

On propulse en connectant. On connecte en propulsant.

Parce qu’on appartient à des communautés, on ne reçoit par défaut que les informations filtrées par ses communautés. Par exemple, on peut ne lire que quelques uns des articles sélectionnés par des followers twitter et ceux des sources qu’on a soi-même qualifiées.

Être connu, être visible, tout cela dépend de la communauté du propulseur et de celles des propulseurs qui s’intéressent à lui.

Dans cette nouvelle économie, les écrivains, les journalistes, les artistes… doivent devenir des propulseurs. Leur engagement ne se limite pas à lâcher un flux qui ira se perdre dans le cyberspace. Ils doivent participer à la vie de leur flux comme nous autres blogueurs le faisons, plus ou moins intensément.

C’est un travail de tous les instants. Il m’amuse même si je suis loin d’être le plus diligent (je l’ai été au début de ce blog, traquant la moindre citation, répondant…). Mais ce travail n’est pas inutile pour le créateur, il participe à la création elle-même, dans un processus relativement nouveau.

Certains propulseurs réussiront alors à construire une communauté suffisamment motivée pour qu’elle puisse leur verser assez de revenu, faisant d’eux des professionnels. Les autres resteront amateurs.

Il ne faut pas oublier que peu d’écrivains ou de musiciens vivent de leur art. Les choses évolueront car le système de don devrait être basé sur la transparence. On pourra alors savoir quand un propulseur atteint son objectif de revenu. Plutôt que lui donner à lui, on en récompensera d’autres. C’est ainsi que nous automatiseront la répartition des revenus.

Il est clair que c’est une vision plutôt en désaccord avec le capitalisme mais aussi avec le socialisme, puisque la répartition peut s’effectuer sans engagement fort de l’État.

Les tenants de l’infrastructure numérique, aujourd’hui opérant suivant le capitalisme traditionnel, laisseront-ils faire ? Je pense que cette évolution sera progressive. Dans un premier temps uniquement à travers les données dématérialisables. Donc pas de danger immédiat pour les FAI même si à terme c’est le capitalisme qui n’y survivra pas.

D’un autre côté, si les opérateurs mettent des freins, nous risquons de vivre une situation conflictuelle. Ceux qui commenceront à nous restreindre se feront boycotter. Si toute l’industrie se met d’accord, ce sera une véritable guerre, une guerre entre deux modèles de société dont Hadopi aura été une des premières escarmouches.

Dans un monde qui souffre du matérialisme, un seul camp a la possibilité de l’emporter, celui favorable à l’économie des flux. Si le camp matérialiste emporte la guerre, celui de la rareté chère, j’ai bien peur que l’humanité telle que nous la connaissons, déjà plus que perfectible, n’y survive pas.

Mais je suis optimiste. Si l’économie des flux fait ses preuves, si les gens s’y trouvent plus heureux, même les opérateurs seront attirés vers elle. S’ils y gagnent, et ils devraient y gagner grâce au nombre croissant de propulseurs, ils imposeront à leurs concurrents de les suivre. Ainsi nous pourrions assister à une transition pacifique.

PS : j’ai écrit ce billet en réponse à un commentaire de Pierre-Alexandre Xavier.

Thierry Crouzet @ 2009-09-09 07:30:26

Danger : information overload http://bit.ly/1avoht Flux et #propulseurs

Julien Berthéas @ 2009-09-09 08:31:13

RT @crouzet: Danger : information overload http://bit.ly/1avoht Flux et #propulseurs

thibaut villemont @ 2009-09-09 08:33:20

@crouzet il y a eu les anti-virus, il y aura les anti-bruit :-) (information overload http://bit.ly/1avoht )

00 @ 2009-09-09 12:10:25

"Dans cette nouvelle économie, les écrivains, les journalistes, les artistes… doivent devenir des propulseurs. Leur engagement ne se limite pas à lâcher un flux qui ira se perdre dans le cyberspace. Ils doivent participer à la vie de leur flux"

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Dans ses Carnets, Montherlant parlait souvent de ce qu’il fallait faire "dans le monde" (= dans les salons) pour exister en tant qu’écrivain.

Déjà il dénonçait tous ces artifices destinés au buzz, à la propulsion, au marketing.

Il refusait de jouer ce jeu. Le monde l’emmerdait. Les gens qu’il faut séduire dans ce milieu, il les méprisait.

Il ne voulait pas cotoyer "les gens influents", les mouches mondaines, les chambres à échos.

Perdre son temps à cela était pour lui le contraire de la vie et de la création.

-

Il refusa de faire les visites courtoises d’usage, préalables à l’entrée à l’Académie.

Il citait l’anecdote de Chateaubriand, se moquant déjà de l’artifice du jeu de la propulsion :

"Chateaubriand envoyait chez les académiciens son valet à cheval ; il frappait aux portes et s’exclamait : "Monsieur de Chateaubriand vous a fait sa visite !".

-

"J’aime mieux un grand vieillard qui va voir un film idiot que le même employant ce temps à faire une visite en vue d’obtenir une promotion."

-

La propulsion sur Internet ne fait que continuer ce petit jeu des salons d’autrefois, des visites mondaines, avec le même système de petits réseaux, copinages, flirts, corruptions, ostracismes, amours, haines, temps perdu en niaiseries hypocrites...

Il y aura les artistes mineurs qui passeront leur temps à se propulser dans les salons.

Et les autres, ceux qui chercheront juste à bien écrire, renvoyant ce jeu mondain de la propulsion à sa médiocrité.

-

C’est à l’éditeur de faire le boulot du marketing, pas à l’auteur.

C’est bien ce qui rend utile l’éditeur, la société de production, les studios, etc.

Ceux qui veulent supprimer ces intermédiaires n’ont pas compris qu’un auteur a autre chose à faire qu’à tenir le stand du marketing.

Thierry Crouzet @ 2009-09-09 12:54:28

Encore une fois tu déformes tout. Un écrivain propulse en écrivant, s’il a un ami propulseur, l’éditeur, qui le repropulse, c’est tant mieux, s’il en a mille, c’est encore mieux.

Tu peux faire du réseau pour faire ton marketing, tu peux faire du réseau pour étendre ton cerveau. Chacun sa vie, chacun sa voie.

willyten @ 2009-09-09 13:57:55

Danger : information overload http://tinyurl.com/lzz3fs via http://www.diigo.com/~willyten

00 @ 2009-09-09 14:44:11

Internet a démocratisé l’accès aux salons et aux réseaux, mais n’a pas changé psychologiquement les vices des salons et des réseaux.

Comme le dit J, dès que tu as une idée, et souvent c’est juste un mot, tu veux l’étendre à tout, et cela devient le remède à tout.

A un moment, c’était le super-organisme : le super-organisme allait tout résoudre.

Maintenant, le mot fétiche c’est "flux", "propulsion" : tout est flux, propulsion. Les propulseurs vont tout changer.

"Proust est flux".

Tu joues au dictionnaire là : flux, propulsion,

"superorganisme" à la place de "société"...

Henri A @ 2009-09-09 14:49:52

A Thierry qui carbure à on ne sait quoi :

C’est une espèce de peer to peer géant ton truc de flux, non ? Un peer to peer d’idées et social peut-être ?

Mon intuition me dit que le système ( fonctionnement, algorithme ) du torrent, idée géniale, pourrait servir à quelque chose pour ton machin de flux.

Thierry Crouzet @ 2009-09-09 15:16:01

Y’a de ça Henri. je suis en train de lire Berners-Lee pour revenir sur l’histoire. Le flux, c’est peut-être le web dans les URL. Un peu comme nous être humains pouvons vivre à un endroit mais rien ne dit que nous sommes, nous pouvons nous déplacer... avec un passeport... et c’est un peu ça le P2P... le flux aussi, l’information qui se promène avec son passeport.

00 @ 2009-09-09 16:28:00

Henri A pourrait citer René Girard, qui a étudié, par exemple, la problématique de la mode et du suivisme dans les flux.

L’important c’est d’étudier les mécanismes psychologiques et sociaux de la transmission,

et pas de répéter à l’infini : "on transmet".

On transmet depuis la naissance de l’humanité.

Mais le problème ce sont les critères de transmission, bien plus que l’outil de la transmission.

-

Les geeks qui en restent à l’émerveillement devant l’outil passent à côté de tous les problèmes psychologiques, politiques, et sociaux réels.

Ce n’est ni la transmission ni la transparence qui sont des phénomènes nouveaux. Dans les salons on savait déjà tout.

Téléphone arabe, rumeurs, ragots, lettres de corbeaux...

ça y allait niveau flux.

On change d’échelle, pas de monde, et on n’avance toujours pas dans les problèmes réels : les mécanismes grégaires de la transmission.

René Girard reste plus utile que les geeks pour comprendre les problèmes du monde social.

Thierry Crouzet @ 2009-09-09 16:48:28

Tu nous sorts toujours le même argument : faut s’intéresser à la psychologie comme si tu avais le moindre don pour la psychologique et le relationnel. J’ai pas trop l’impression que tu en sois un spécialiste (pas plus que moi... je te rassures :-)). Mais arrête de nous sortir sans cesse cette tarte à la crème, de nous faire passer pour des mutants qui ne comprendraient reins aux hommes alors que toi, qui a beaucoup lu, sinon beaucoup vécu, tu saurais.

00 @ 2009-09-09 17:26:24

Je sors toujours la même chose parce que tu en restes toujours à la même aporie.

Tu crois changer le monde social avec des mots nouveaux qui désignent des vieux phénomènes.

Tu inventes un mot nouveau, mais le monde ne change pas avec ton vocabulaire.

"Superorganisme" ne fait pas changer "société".

"Propulseur" ne sert qu’à redire "connecteur" en croyant aller plus loin.

Bientôt il y aura un nouveau synonyme pour redire les mêmes trucs.

-

Les flux j’en pratique la réalité économique depuis des années avec MySpace pour les artistes, bien avant que les geeks découvrent Twitter, qui n’apporte rien de plus.

Quand tout le monde commence à faire son réseau social, on en revient au point de départ,

chaque artiste se retrouve avec 10 000 contacts, mais n’est lu réellement que par trente personnes.

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MySpace avait publié les chiffres réels de lecture des bulletins envoyés par les membres à leurs "amis".

Puis aussitôt, MySpace a fait marche arrière : tout le monde était effaré du peu de lectures.

Des artistes qui avaient passé des mois à "socialiser" se rendaient compte de la réalité de ce monde du zapping permanent, où ils sont oubliés aussi vite qu’ajoutés.

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Tes flux, c’est l’éloge du tonneau des Danaïdes.

Une immense circulation qui tourne à vide pour la plupart.

Que lis-tu de tes 2000 contacts Twitter ?

Et combien te lisent ?

Tu as des RT quand tu sors les trucs les plus cons, et pas pour le reste.

Plus tu vas chercher des RT, plus tu vas sortir des trucs à la con, des slogans, des polémiques...

Tu as besoin d’un plus petit dénominateur pour assurer la circulation.

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Pour ce qui est de la psychologie, l’arrivisme social ce n’est pas ma came.

Je n’utilise pas la psychologie pour m’entourer de copains à caresser dans le sens du poil, mais pour voir ce que les gens ont dans le ventre, et la technique du marteau reste la plus efficace pour faire sauter les discours prémachés.

La quête de connaissance et l’arrivisme social n’empruntent pas les mêmes voies psychologiques.

Thierry Crouzet @ 2009-09-09 18:50:48

Toi comme et moi devrions éviter de parler de psychologie. Franchement.

Un propulseur=un connecteur... deux concepts liés puisque l’un va avec l’autre. Quand j’ai écrit le peuple des connecteurs, j’avais pas conscience que la propulsion est notre façon de connecter. Même au café du coin. Alors oui on a toujours propulsé, on a toujours connecté, c’est pas une raison pour ne pas en parler, ne plus en parler, surtout en un temps où tout cela change d’échelle comme tu le dis.

Sinon j’espère que tu ne vas pas rabâcher ta définition du flux qui n’a rien à voir avec la mienne. J’ai donné un métaphore du flux. La tache rouge sur Jupiter. Elle est tout sauf volatile. Proust qui ne cesse d’être lu et commenté est devenu flux. Il n’est pas futile. Tu as de tout dans le flux.

Je le définis comme un état de l’information (opposé à l’état solide, c’est tout j’ai envie de dire). Aucun critère de vitesse ou de quoi que ce soit d’autre.

Jacques Cool @ 2009-09-09 18:54:06

Danger: Information Overload. Billet intéressant de @crouzet http://bit.ly/1avoht

00 @ 2009-09-09 22:08:54

"Toi comme et moi devrions éviter de parler de psychologie. Franchement."

Tu confonds connaissance et comportement.

La psychologie des foules qu’on observe n’a rien à voir avec la pratique psychologique personnelle, qui est un choix de vie.

Un cordonnier peut faire le choix d’avoir des chaussures pourries, il ne prête pas attention à ses propres chaussures, il s’en fout.

On ne juge pas la valeur psychologique d’une étude par le comportement de son auteur.

La valeur psychologique des études de René Girard est complètement indépendante des choix de vie de son auteur, de son comportement psychologique personnel.

-

Beaucoup de grands psychologues étaient des "dérangés", comme Nietzsche, Proust etc

C’est même en étant un peu "dérangé" qu’on devient plus sensible à certains faits psychologiques.

Heureusement qu’ils ont parlé psychologie, même s’ils n’en usaient pas dans leur vie personnelle.

Ton truc de ramener la valeur d’une analyse au comportement psychologique de l’auteur c’est n’importe quoi.

Henri A @ 2009-09-09 22:39:10

Arrêtes ta "psychologie" de bazar double zéro !

Autant Nietzsche et Proust étaient des génies en plein de choses, la psychologie en tant que science c’est autre chose, on a progressé depuis.

Quelque chose me dit que "la valeur psychologique des études de René Girard" ne vaudront pas un cachou dans quelques décennies si ce n’est pas déjà le cas.

Comme le dit Thierry, tu devrais éviter le sujet ( comme la musique d’ailleurs ).

isabelle ferracci @ 2009-09-10 19:35:57

@cyberstadium j’ai tout de suite pensé à toi et à ce tweet. la fin n’a rien a voir mais le début, oui http://bit.ly/9QjVD

Henri-Paul Roy @ 2009-09-11 07:31:25

comment éviter l’indigestion, comme éviter d’exploser d’information overload ? http://bit.ly/Wu4qI #internet #news

000 @ 2009-11-03 15:24:42

"Quelque chose me dit que “la valeur psychologique des études de René Girard” ne vaudront pas un cachou dans quelques décennies"

Je l’avais raté ce com.

Je te parie que René Girard restera beaucoup plus valable que les délires politiques de Thierry, qui écarte complètement "le mal" de son champ d’analyse, et attend des miracles de l’auto-organisation pour les sociétés humaines.

Se moquer de Girard au prétexte qu’il ne serait pas très récent, et se référer d’autre part à quelque chose d’aussi vieux et approximatif que "le vol des oiseaux auto-organisés" pour en faire un modèle politique humain ... No comment.

Thierry fait une constante impasse sur le mal, qui est le principal obstacle de l’histoire humaine.

Il se focalise sur des expressions particulières de ce mal, la société pyramidale etc, sans jamais aller à la racine du problème.

On dirait un jardinier qui désherbe en surface, sans attaquer la racine : travail complètement vain.

Girard est mille fois plus puissant dans son analyse des sociétés humaines.

000 @ 2009-11-03 15:32:27

"Girard est mille fois plus puissant dans son analyse des sociétés humaines."

Bien sûr le problème c’est que son analyse implacable et sombre laisse moins de place à des théories magiques pour tout résoudre.

Si quelqu’un veut absolument se faire une gloire en proposant une théorie magique "réponse à tout", il peut être tenté de faire l’autruche en cachant ce qui le gêne, ce qui rend sa théorie inopérante.

Je ne crois pas que la politique soit le bon champ pour faire émerger une solution fantastique.

Thierry ferait mieux de faire du logiciel libre, comme dit Tristan Nitot.

On peut changer le monde avec un logiciel, tandis que l’organisation des sociétés humaines c’est un peu plus complexe à changer, il ne faut pas en attendre trop ni vouloir promettre trop. "Ensemble tout devient possible" c’est bon pour Sarkozy et ce genre de représentants de commerce à 2 sous.

Henri A @ 2009-11-03 16:22:45

A 000 :

Je me disais aussi...bizarre qu’il ne fasse pas un salto arrière regroupé sur ce coup.

Yves Calvi 000 @ 2009-11-03 19:12:28

@ Mono andouille avec a minuscule comme aphatie :

A l’instant, Yves Calvi sur France 5 :

"Comment voulez-vous que les gens réagissent à autre chose qu’à la peur du gendarme ?"

Avec ça, plus la phrase de Montesquieu, tu as TOUT. Tu peux aller à la pêche maintenant, ton matériel audiophile sous le bras.

René Girard et la science expérimentale moderne @ 2009-11-09 05:57:04

@ Henri A

qui disait dans le sujet "danger : information overload" :

"Quelque chose me dit que “la valeur psychologique des études de René Girard” ne vaudront pas un cachou dans quelques décennies si ce n’est pas déjà le cas."

Voici ce qu’on trouve dans l’encyclopédie citoyenne :

"La théorie du désir mimétique de René Girard constitue un exemple rare d’une théorie en sciences humaines qui a devancé de nouvelles découvertes en sciences expérimentales de plusieurs décennies.

En effet, des chercheurs en psychologie clinique comme Andrew Meltzoff et des neurologues comme Vittorio Gallese (le chercheur italien qui a découvert les neurones miroirs avec Giacomo Rizzolatti) ont commencé à s’intéresser à la théorie mimétique.

La concordance entre les études de Girard et leurs découvertes scientifiques sont surprenantes, « extraordinaires » comme l’a dit le Dr. Scott Garrels"

-

(PS pour Thierry : le désir mimétique favorise aussi l’apprentissage, ce qui explique là encore sa validation par l’évolution. On le trouve dans le pire et le meilleur des comportements sociaux humains.

Le même mécanisme mimétique provoque l’apprentissage, la concurrence créatrice, la société de consommation, la rivalité destructrice, le lynchage de masse...)

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